LES QUATRE LETTRES DE SOUFFRANCE

Par: TALOUSSOCK FLAUBERT
Etudiant en anthropologie.
Tel : 75219720
email : ftaloussock@yahoo.fr
Sida ou encore syndrome immuno
déficience acquis, mal du siècle ou maladie de la honte est une des
préoccupations majeures des politiques de santé dans le monde entier. Maladie
dont les origines connaissent encore une controverse aujourd’hui et dont le
traitement reste une énigme fait l’actualité cette semaine, comme c’est
traditionnellement le cas tous les 1er décembre, journée mondiale de
la pandémie.
La
réflexion qui nous interpelle en ce jour s’inspire des supplices que vivent les
victimes de ce mal et de l’actuelle politique gouvernementale mise sur pied
dans le cadre de la prévention de la maladie et de la prise en charge des
malades de ce désastre et aussi de la prise de conscience de l’existence
effective du sida en milieu jeune, de l’image qu’on projette de cette pandémie
dans nos campagnes.
Lorsqu’un
patient sait de quoi il souffre après les examens d’un laboratoire, il est
souvent allégé parce que pouvant déjà s’orienter dans le traitement de son mal.
Malheureusement, le séropositif dans les secondes qui suivent l’annonce de son résultat meurt
psychologiquement. Cette triste nouvelle qui le déprime subitement s’explique
par la non existence d’un traitement définitif de la maladie. L’environnement
agréable précédant se transforme tout suite en calvaire. C’est vrai qu’il
existe des antirétroviraux qui endiguent le mal, mais cela n’est en aucun cas
suffisant pour consoler à l’immédiat la nouvelle recrue; seuls les plus forts
arrivent à s’y adapter ultérieurement. Ainsi, leur vie rime désormais avec leur
mort prochaine. Pour lui tout est perdu, l’esprit bouleversé, négligence total
du corps et bienvenue aux maladies opportunistes (tuberculose, diarrhée…) qui
n’attendent que ce moment. De ce fait, l’annonce de la séropositivité dans les
services de santé devient primordiale, voire délicate dans la mesure où nous
observons parfois des cas de crise cardiaque ou de folie suite à cet acte. Il
faut dans ces conditions éviter l’annonce brusque des résultats du test au
vih-sida, donc préparer le malade à les accueillir.
La
date du 1er mai 2007 restera à jamais gravée dans la mémoire des
camerounais, car c’est en ce jour que la prise en charge des malades du
vih-sida est devenue gratuite. Cette aubaine qui devient réalité au Cameroun
après des décennies de lutte contre le sida est le fruit de longues
négociations et conventions signées avec les partenaires internationaux. Saluons
ici la perspicacité du ministre URBAIN OLANGUENA AYONO et de son équipe, ceux-là
même qui ont œuvré pour l’obtention de la gratuité aujourd’hui des
antirétroviraux au cameroun. C’est dire que la politique de santé publique
actuelle de lutte contre le sida est axée sur l’administration des ARV. Une
politique qui pour une fois a connu une décentralisation tout azumut, du moins
dans les représentations sanitaires (district de santé) sur l’étendue du
territoire national. L’urgence est donc de prendre en charge dans la mesure du
possible tous les malades du sida. Dans cette perspective, l’Etat entend
contrôler les porteurs du virus afin de diminuer les contaminations et ipso
facto les décès. Cette politique qui nous semble pertinente ne nous conforte
cependant pas totalement. Marquons un temps d’arrêt pour susciter le
débat : est-ce que les populations des tréfonds des villages ont les mêmes
possibilités d’accès au ARV ? Existe-t-il un personnel formé à cet effet
sur l’ensemble du territoire national, tant nous connaissons la délicatesse des
ARV ? Est ce que les examens qui précèdent la prise des ARV sont également
gratuits selon qu’on soit de 1ere ou de seconde ligne ? Pour
combien de temps durera cette gratuité ? Est elle définitive ? Cette
dernière option nous parait assez irréaliste parce que dans les accords signés
avec la Banque mondiale cela reste couronné d’un flou qui ne dit pas son nom.
Pourquoi ne pas subventionner le préservatif au même titre que les ARV ?
La
problématique du préservatif est fondamentale dans la lutte contre le vih sida.
C’est un moyen préventif qui non seulement barre la route aux IST, mais met
hors de danger toute conception de grossesse non désirée. Ainsi, l’usage du
condom dans ce combat devient inéluctable. Mais alors est-il vraiment accessible ? La question du
sexe reste tabou, inviolable, sacrée dans les cultures camerounaises. C’est
dire que parler de la sexualité en public, devant les enfants est presque
toujours une tâche ardue. Dans ces conditions, le préservatif comme stratégie
de lutte est presque voué à l’échec parce que nos cultures constituent un frein
à sa vulgarisation. En plus, non
seulement il nous semble que le coût demeure élevé, c'est-à-dire la plupart des
jeunes n’ont pas toujours une pièce de 100fca pour l’achat d’un paquet de
condom à chaque rapport sexuel, mais il
est assez difficile aux jeunes d’acheter le préservatif dans les boutiques
gérées par des parents ou personnes plus âgées qu’eux. Et puis dans nos
campagnes, la situation n’est pas des plus aisées. Ici le boutiquier est membre
de la communauté et connaît généralement toutes les familles du quartier. N’admettant
pas, pour des raisons culturelles que le préservatif soit destiné à toute
personne active, il est toujours surpris quand un jeune achète le condom et
annonce rapidement la « mauvaise nouvelle » aux parents de l’intéressé.
Ces derniers à leur tour menacent l’enfant, même le bastonnent, croyant
l’emmener par là à cesser l’acte sexuel qui pour eux est un sacrilège hors
mariage. Ainsi, le jeune même ayant pris conscience du risque qu’il court en
entretenant des rapports non protégés craint le boutiquier du quartier et de ce
fait se jette à l’eau sans aucune disposition préventive. Il ressort de ce
commentaire qu’il reste un travail de fond à entreprendre pour lever les
barrières qui entourent encore les questions de sexualité au cameroun. Pour
cela, nous proposons au CNLS d’associer de plus en plus aux équipes de sensibilisations sur le
terrain des anthropologues, ceux-là même qui comprennent mieux les cultures et
peuvent ainsi jouer un rôle primordial auprès de ces populations dans le cadre
de la lutte contre le vih-sida.
En
dehors du tabou autour des questions de sexe qui constitue plutôt un terrain
fertile au vih-sida, la manipulation du sang lors de certaines pratiques
culturelles contribue énormément à asseoir la maladie dans quelques campagnes. En
effet, lors des excisions et autre scarification contre les sorciers, des
pratiques qui ont régulièrement cours et en groupe dans ces communautés, aucune
disposition n’est prise pour éviter le mélange de sang. Ici, il existe un
matériel traditionnel permettant d’agir sur tous les patients. Ainsi le risque
de contamination au vih-sida est exponentiel, dans la mesure où il suffit
qu’une seule goutte de sang infectée soit présente pour que des familles, des
générations soient décimées. Il convient ici pour nous de pénétrer ces
sociétés, de comprendre les motivations de leur pratique pour finalement leur
expliquer le risque qu’elles courent de transmettre la pandémie en
utilisant un même matériel pour tout le
monde et donc les encourager à faire venir chaque patients avec son matériel.
Au
delà de cet aspect culturel, il faut dire que la prise de conscience de
l’effectivité de l’existence de cette maladie reste approximativement ancrée en milieu jeune. Ceci tient des observations
que nous avons effectuées dans ces milieux lors des kermesses et autres
soirées. En tant que moment de joie et de retrouvaille et parfois unique
occasion pour certains de quitter leur domicile nuitamment, ils parviennent à
se livrer à ce qu’ils appellent « occasions pressées » c'est-à-dire
des rapports subits. Remarquons que cet acte intervient le plus souvent lorsque
la fille a excessivement bu ou tout simplement les deux partenaires. Nous
préconisons ici ce qui convient d’appeler l’anticipation, c'est-à-dire cette
aptitude vivante qui permet aux parents de faire savoir à leur progéniture à
chaque départ aux fêtes que danser, boire peut conduire à des rapports sexuels
imprévus. Par conséquent emporter avec soi un préservatif serait plutôt une
bonne chose.
Un
autre problème qui relève également de la responsabilité des parents surtout
dans les zones rurales c’est qu’ils semblent craindre bien plus les grossesses
non désirées que le vih-sida. Ainsi nous pouvons suivre de ces parents les
paroles du genre « j’attends seulement le jour où tu reviendras avec le
ventre » lorsqu’ils soupçonnent quelques agitations de la part de leur
fille. C’est dire que la menace du sida est encore loin de pénétrer nos
cultures locales et qu’un travail de fond reste à entreprendre pour
véritablement briser ces barrières. En réalité, le vih-sida n’est pas inconnu
des populations locales. Elles savent que c’est une maladie incurable, mais le
paradoxe se situe au niveau de son
acceptation. Il est assez difficile dans ces milieux d’accepter qu’on souffre
du sida ou alors qu’un des siens en souffre. Ils attribuent toujours ce mal à
la sorcellerie et autre poison lent et éprouvent plutôt une certaine aise à
indiquer un voisin ou l’enfant du voisin qui souffre indubitablement du sida.
La question capitale que nous nous posons est celle de savoir comment batailler
contre une maladie que les gens ne l’acceptent plus comme telle une fois
infectés. Comment administrer les ARV à un patient qui ne se reconnaît pas
comme étant un malade du sida ?
Bref le vih-sida demeure un mystère. Les efforts, non des moindres, sont fait au niveau des pouvoirs publics, la jeunesse reste la couche la plus vulnérable, nos cultures locales constituent encore des freins à ce combat. Nous avons émis des suggestions qui pourront soutenir la bataille rude à venir

Commentaires
NGONGANG le 19/02/2008 à 11:08:43je crois que le Sida reste un fond de commerce pour ceux qui sont chargé de lutter contre celle-ci.. C'est une fatalité comme bien d'autres en Afrique. Elle passera son temps, je vous assure, elle passera et la vie continuera.