Lettre à mon petit frère
Mon très cher petit frère,
Comment te portes-tu ? Et comment se porte la famille entière ? As-tu pris connaissance de la dernière lettre que j'ai faite à ta sœur ? Elle était très émouvante !
Aujourd'hui, je t'écris cette lettre pour attirer ton attention et te mettre en garde contre un fléau, qui a fait et continue de faire beaucoup de mal à ton quartier, à ta cité et bien sûr à ton pays entier.
Tu as sans doute déjà au moins une fois prononcé ou entendu prononcer l'une des phrases suivantes : « C'est un Bam's » ; « C'est un Bosniac » ; « C'est un Wadjo » ; « C'est un Nkouak » ; « C'est un Anglo » ; « C'est un Sawa ».Cher petit,saches que chaque fois que tu as prononcé l'une de ces phrases ou que quelqu'un l'a fait autour de toi,ton pays le Cameroun a versé des larmes. C'est exactement la même douleur que ressent un corps humain qui a reçu un coup de poignard sur l'une de ses parties. Imagine donc combien de coups ton pays a reçu jusqu'à ce jour. Ne sois donc pas surpris qu'il se porte si mal aujourd'hui et encore plus mal demain. C'est tout simplement que après tant d'années d'agression, il a du mal à tenir sur sa large base de sa forme triangulaire unique. Cette base constituée de toi, de ton ami(e), de ton frère, de ta sœur et qui représente le seul espoir de sa survie.
Sache aussi cher petit frère que la solidité et l'harmonie de ton pays dépendent de l'harmonie que tu développes, entretiens et fais régner autour de toi. Chaque fois que tu continueras à prononcer ces malheureuses phrases, tu contribueras d'avantage à fragiliser et à disloquer ce bloc soudé et compact que jadis fut ton pays,avec les conséquences lourde que tu expérimentes toi aussi au quotidien.
Comme je le sais, tu as des grandes sœurs, des grands frères, des tatas, des tontons, des grandes sœurs et grands frères de tes ami(e) s qui sont sans emploi aujourd'hui bien qu'ayant fait de bonnes études. Non détrompes toi, ce n'est pas parcequ'ils ne méritent ou que « c'est dur » comme on le dit couramment, c'est tout simplement qu'ils se sont appelés ESSOMBA là oú on aurait voulu qu'ils s'appelèrent FOTSO et OUMAROU là oú on aurait voulut qu'ils s'appelèrent DIKA. Moi ton grand frère te dis en ce jour qu'il n'y a pas plus honteux que de faire un reproche à quelqu'un sur le simple fait de son nom que ses ascendants ont pérennisé, et que lui porte fièrement.
Je t'exhorte toi à qui les parents ont eu l'ingénieuse idée de nommer ESSOMBA FOTSO OUMAROU DIKA, à ne plus juger, considérer ou te regrouper sur la base de l'appartenance tribale ou ethnique. Enseignes le autour de toi, toi dont le nom est porteur de tout un symbole et d'espoir. Dis leurs que ce sont ces malheureux critères qui ont fait perdre de vue à ton pays, l'objectivité, la compétence .Tout ceci l'a entraîné dans des dérives telles le culte de la personnalité, les louanges aux personnes, la folie des grandeurs, le clanisme qui sont hauteurs de tous les maux dont ton pays souffre aujourd'hui.
Pour ne pas te parler de moi, je te dirai que je ne me marierai plus avec ma fiancée que tu connais, ses parents se sont opposés prétextant que nous sommes de cultures différentes. Je tiens à ce que tu ne vives pas ce type d'expérience demain.
Je finis cette lettre en t'exhortant une fois de plus à ne voir en ton semblable que l'humain qu'il est et rien de plus. Car si tu n'arrives pas à faire tomber cette barrière ethnico tribale maintenant, c'est ton pays qui souffrira encore longtemps dans sa chaire. Si jamais tu t'avises à le fuir pour te réfugier ailleurs, saches que là-bas d'autres barrières t'attendent, dont la barrière raciale. Il est plus facile d'affronter une barrière que d'en affronter deux ou trois.
Je compte sur toi pour faire lire aussi cette lettre à ta sœur, dis lui que je lui écrirai le mois prochain pour lui parler d'autres choses.
Ton grand frère
Arie Serge EMOSSI de BEGNI

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